Polar, Thriller ou Roman Noir ?

Polar, noir, ou thriller, quelle est la différence ?
Les trois termes sont aujourd’hui souvent utilisés de manière interchangeable, .
Pas grave, tu vas me dire. Sauf qu’on voit de plus en plus de chroniqueurs râler parce qu’on connait le meurtrier dès le début de l’histoire, ou bien parce qu’il n’y a pas assez d’action… alors même que le roman respecte les codes du genre. Un peu comme si on reprochait à un biscuit de Reims d’être sucré…

Le Roman policier Résoudre un mystère qui a eu lieu

Ce qu’on appelle roman policier en français est en fait plus large que le simple genre “policier”.

Il s’agit d’un roman mettant en scène un héros dont l’objectif est de résoudre un puzzle intellectuel afin de savoir qui en est la cause.

Classiquement, un policier résoud le mystère d’un crime afin de savoir qui l’a commis.

Le policier peut en fait être une Egyptologue, un médecin légiste (Maura Isles chez Tess Gerritsen, Kay Scarpetta chez Patricia Cornwell), un moine (Le moine Cadfael d’Ellis Peters), un émigré clandestin (Sara Lövestam)…

Le point de vue est souvent celui de l’enquêteur, et le lecteur de romans policiers cherche souvent à résoudre l’énigme. Pour ça, l’auteur dissémine des indices qui mènent logiquement à la solution du mystère.

Par définition, le roman policier est un roman de réflexion, qui va en règle générale contraindre l’enquêteur à remonter le temps pour que le lecteur comprenne ce qu’il s’est déjà passé.

L’action est souvent lente, intellectuelle, déductive. Pour dynamiser le genre, les auteurs modernes intègrent souvent des intrigues secondaires, qui ont généralement l’air complètement étrangères à l’intrigue principale mais finissent par la rejoindre pour participer à la solution et faciliter la compréhension du lecteur.

Le roman policier, qui a connu son apogée dans les années 30, est constitué aujourd’hui d’une multitude de sous-genres :

  • le cozy mystery : c’est un roman qui reprend tous les codes du genre sans la violence et l’obscénité qu’on peut trouver, par exemple, dans les deux précédents sous-genre. C’est le royaume de Miss Marples ou même de Sherlock Holmes ou Arsène Lupin. Ce que les lecteurs en attendent, le plus souvent, c’est un héros unique et attachant. Le crime doit être astucieux, sa résolution doit requérir de l’intelligence de la part du héros. Les personnages secondaires peuvent être un peu plus grossiers, mais jamais le héros. La justice triomphe toujours à la fin et le monde retourne à sa tranquillité originelle.
  • le polar, qu’on appelle hard-boiled detective story, expose les rouages de la société, les arrières cours, le moche. Raymond Chandler décrit l’enquêteur du polar (qui n’est pas nécessairement un policier) comme celui qui “arpente les bas fonds sans être un mauvais homme” (“walk the mean streets but who is not himself mean”). Bien que le héros permettent presque toujours à la justice de prévaloir, la conclusion est souvent douce-amère.
  • les romans de procédure policière, genre très proche du précédent : les protagonistes sont des policiers ou des gendarmes, l’enquête repose sur un mécanisme d’enquête de police. Ils offrent une structure familière à leurs lecteurs. C’est ce qu’on nomme le “roman policier classique”. Au contraire du hard-boiled, qui met généralement en scène un héro solitaire, les police procedural font intervenir un service de police. On se focalise sur la tactique policière, les tensions entre la police et les politiques, les médias, les citoyens.

Le Thriller Empêcher une catastrophe de survenir

Un thriller capte l’intérêt du lecteur en amplifiant l’action et en plaçant la vie de quelqu’un (ou d’un groupe de personnes, voire de la Terre ou de l’Univers) en danger imminent. Parfois, c’est le héro, parfois, c’est une victime innocente. En générale, il faut se battre contre le temps, et les conséquences d’un échec seraient désastreuses.

Par définition, le thriller est un roman de tension qui est dirigé vers l’avenir et au cours duquel le lecteur se demande ce qu’il va se passer.

Les principaux sous-genres du thriller sont :

  • les thrillers d’horreur, qui incluent souvent un élément surnaturel, un montre, des esprits, etc.
  • les thrillers juridiques, qui se passent au cours d’un procès ou à proximité du sytème pénal : voir John Grisham et Scott Turrow
  • les thrillers psychologiques, fondés sur la folie et la paranoia
  • les thrillers épiques, qui impliquent généralement la survie de l’humanité.

Le Roman noir Un regard tragique et pessimiste sur la société

Parfois considéré comme un sous-genre du roman policier, le roman noir s’en distingue par sa structure variable et ses variations. Ce qui le caractérise, c’est surtout la violence de l’univers qu’il décrit, le regard tragique et pessimiste porté sur la société, un engagement politique ou social fort. Le propos principal n’est pas la recherche de la solution d’un mystère, ni empêcher la survenue d’une catastrophe, mais la description d’un univers sans espoir.